Jawbreaker : Sam Quealy, entre extravagance et puissance féminine

Après des mois d’attente, il est enfin temps de découvrir le nouvel album de Sam Quealy, Jawbreaker. Artiste australienne, connue pour avoir travaillé avec le groupe français La Femme, elle commence réellement sa carrière en solo dans la musique avec Blonde Venus en 2023. Dès ses débuts, Sam Quealy se distingue par un style chic, extravagant, badass, féminin et résolument décalé. Elle est d’ailleurs elle-même auteure, compositrice, chorégraphe et danseuse. Le tout est produit par Marlon Magnée, fondateur de La Femme et compagnon de Sam depuis plusieurs années. Elle revient plus déterminée que jamais avec Jawbreaker, qu’il est temps de savourer piste par piste !

Londontown

En boucle dans nos oreilles depuis sa sortie, c’est le premier single qui annonçait l’album il y a 4 mois maintenant. Efficace dès la première seconde avec son rythme nerveux et cette adrénaline, on se sent bad bitch et on entre immédiatement dans le vif du sujet. Nous sommes face à une Sam Quealy prête à en découdre, une féminité assumée et un retour ingénieux aux sonorités synthwave des années 80. Elle nous invite à sa rencontre, et nous emmène avec elle dans les rues électriques de Londres. Pour couronner le tout, elle nous envoie ce drop final, une véritable envolée synthétique avec cette voix envoutante qui résonne jusqu’au bout : « L o n d o n t w o n … ». On ne saurait dire pourquoi, mais l’esprit de ce son évoque des morceaux comme Cambodia (1981) de Kim Wilde, avec des sonorités et une mélodie finale similaires, mais légèrement plus énervées, bien sûr. C’est une entrée en matière vraiment audacieuse et réussie, un véritable coup de coeur. En bref : bienvenu dans l’univers de Jawbreaker, et ça promet !

Starlight

Une instrumentale qui se dévoile petit à petit : chaque ligne arrive successivement, et le son se densifie au fil des couches. La voix de Sam se pose, et enfin les basses prennent place : nous voilà partis. C’est un son avec une ambiance nocturne. L’instrumentale est vibrante, donnant l’impression de rouler en voiture, de nuit, en plein Manhattan. L’esprit synthwave et les sonorités de ce morceau nous confirment bel et bien la présence de Marlone dans la production, semblable à ce que l’on a pu entendre dans Rock machine, dernier album du groupe.

Strings of Terror

Le son commence, et là, surprise : des violons surgissent ! C’est un beau rebondissement ici, le morceau prend tout son sens, Quealy nous annonce une « Violin attack » imminente. Les violons composent alors une très grande partie de la prod, le tout dans une ambiance plus sombre, presque angoissante. Sam Quealy est comme poursuivie par ces sons incessants, des instruments qui veulent sa peau, des violons qui évoquent l’âge d’or du disco, à la manière de Boney M. Le ton est décalé, elle se bat contre le son, c’est presque absurde, et c’est ça qu’on aime ! Les instruments se dévoilent comme un danger, mais pas pour nos oreilles, bien au contraire… On a vraiment l’impression d’être la victime d’un slasher des années 80 à la Vendredi 13 ou Halloween. Cette track a une atmosphère bien à elle, on pourrait pourquoi pas qualifier ça d’horror disco ? Le terme n’existe pas, mais ça la définie plutôt bien ici !

Love Lasso

Sur le papier, ça parle de la vie de ranch, de cow-boy et de lasso. Bien évidemment, le sous-entendu est plus pimenté que ça… Ça ride et lance son lasso autour de chacun. C’est une track qui rappelle du Madonna dans ses sonorités, le morceau dégage un charme très sensuel. Sam Quealy a une voix très douce, voire angélique, qui se démarque dans celle-ci. C’est plus mélodique et l’atmosphère y est presque envoûtante…

Girls night

Extrêmement coquette (et ça, on adore !), on se retrouve plongés dans une soirée entre filles : papotage, maquillage… et on va faire la fête jusqu’à se réveiller aux côtés d’un inconnu ! La voix de Marlone fait une très brève apparition au milieu du morceau, rappelant son couplet sur Watch me Now (2023) du premier album Blonde Venus. Le clip est également dans cet esprit avec cette esthétique et ce grain vintage. C’est un mélange équilibré entre la synthwave et une atmosphère girly, l’idée est très efficace !

Pussy Power

On ne sait pas si l’on est dans Tetris ou Space Invader : c’est très énergique, avec un côté techno beaucoup plus prononcé, auquel on a peut-être un peu plus de mal. Sam Quealy débite sans s’arrêter du début à la fin, c’est presque semblable à du rap par moments. On ressent par le titre, la production et les paroles que c’est vraiment LE son défouloir de l’album, avec cette dynamique purement bad bitch & girl power poussée à son paroxysme. C’est le genre de musique qui doit s’apprécier d’autant plus quand on la vit en live, elle a un énorme potentiel sur scène.

Jawbreaker

Un son légèrement moins marquant, mais qui définit à lui tout seul le ton donné au thème de l’album. La voix de Sam est plus menaçante et presque chuchotée par endroits, en contraste total avec le refrain où elle est cette fois-ci plus cristalline, voire candide. La track joue sur le décalage entre cet aspect doux et féminin du refrain, opposé à cette rage intérieure qui se joue dans ses couplets tranchants. C’est aussi le morceau qui donne le nom de l’album, un titre qui dénote avec le premier projet et qui nous dévoile une facette totalement différente de l’artiste. Le premier album, Blonde Venus, laissait justement parler cette féminité et cette sensualité, presque fantasmée, donnant naissance à un personnage mystique, semblable à une déesse, incarnation de désirs et de fantasmes. L’artwork de celui-ci allait d’ailleurs également dans ce sens-là dans lequel Sam avait l’aura d’une divinité presque extraterrestre et glamour à la fois. Ici, la cover de ce dernier album est tout l’inverse puisqu’elle apparaît comme une sorte de super-héroïne (ou antagoniste ?), écrasante, arborant un cache oeil, elle est un mélange entre Albator et Elle Driver dans Kill Bill. Ici, Jawbreaker (qu’on peut traduire par « briseuse de mâchoires »), dévoile alors une Sam Quealy puissante, plus badass que jamais et prête à tout casser sur son passage, toujours empreint d’une féminité absolue.

Say my name

Une track assez simple, énergique et douce à la fois. Ça parle d’amour, ça s’embrasse, le tout avec un refrain qui devient vite obsessionnel où elle joue sur la répétition. Le morceau retrouve cet aspect mélodique et l’atmosphère envoûtante de Love Lasso, mais de manière encore plus douce.

Flying solo

Ça commence doucement, puis Sam nous parle : « Welcome, it’s my story time », et là BAM, le morceau prend une tout autre tournure. On écoute une copine qui nous appelle au téléphone à minuit pour nous raconter son histoire bancale avec un mec qu’elle a rencontré. L’instru est entrainante tout comme le refrain, et le tout est très girly, à la manière de Girls Night ! Un morceau lui aussi décalé, poussé à l’excès dans la voix, les paroles et les expressions, ça en devient presque caricatural et c’est génial. Elle vient briser ce quatrième mur : on a l’impression de bitcher avec elle, et c’est croustillant !

By my Side

Ça y’est, il est là… le duo tant attendu : Sam et Marlone ! C’est une chanson qui diffère du reste de l’album, puisqu’au-delà du fait qu’ils chantent réellement tous les deux (à l’inverse des brèves apparitions de Marlone dans les autres sons), il y a cette fois-ci ce côté un peu plus 70’s, souligné notamment par le clip. On y retrouve bien évidemment cet anglais à l’accent français que nous offre Marlone, nous rappelant La Femme, et ça fait du bien ! Le refrain est efficace, tout de suite entêtant, deux personnes qui s’aiment, en chanson tout comme dans la vie, c’est une vraie déclaration. On sent que les deux artistes s’amusent réellement au studio en créant ce son, donnant naissance à une vraie alchimie qui est plus que palpable. Pour By My Side, on laisse un peu plus tomber les synthés et on fait de la place à la guitare électrique, instrument emblématique des productions de Marlone, venant conclure cette track par un magnifique solo. Verdict : c’est l’un des gros point fort de cet album, une véritable pépite qui illumine d’autant plus notre écoute !

Love Fountain

Les premières notes font penser à de l’omnichord, c’est très apaisant, comme une sorte de boite à musique. C’est doux, ce qui n’est pas sans nous rappeler par moments Elle ne t’aime pas (2016) de La Femme, aussi bien sur les paroles que sur certaines sonorités, c’est un morceau mélancolique mais enveloppant. Sam Quealy a choisi une manière plus douce pour clôturer son album, et c’est un parti pris intéressant, puisque malgré toute la puissance et le girl power à profusion qui se dégage du reste du projet, ici, Sam dévoile une certaine sensibilité. Une sensibilité qui, paradoxalement, démontre encore une fois sa force, puisqu’elle ne craint pas de l’exposer au grand jour. Elle nous parle, nous console, et nous avons même le droit à un petit couplet en français donnant une autre dimension à cette track, on se sent réellement proche d’elle. « Je suis triste pour toi quand tu as mal comme ça… ». On ressent quelque chose de fort en écoutant cette musique, elle est percutante par sa douceur et ne nous a pas laissé indifférents… C’est vraiment le type de sons pour lesquelles on a presque envie de se faire quitter par l’amour de notre vie, juste pour l’écouter dans les meilleures conditions possibles et vivre vraiment la musique, le tout en l’écoutant de nuit, sans savoir vers où nous roulons… Sam Quealy nous laisse de la plus belle des manières : le calme après la tempête. En fait, Love Fountain, c’est l’image d’une cicatrice qui se referme, aussi profonde qu’elle soit…

Et du coup, Jawbreaker on en pense quoi ?

C’est un album très prometteur que Sam Quealy nous offre ici, une nouvelle era où on ressent qu’elle s’amuse réellement et ça fait du bien ! Ce côté 70’s et 80’s, assumé et poussé au maximum, c’est très appréciable et ça change réellement du premier album qui lui était tourné, certes autour des synthés, mais avant tout House et Techno dans son ensemble. On a quand même quelques sons qui préfiguraient l’arrivée de Jawbreaker avec Watch me Now et Follow the night qui auraient totalement pu faire partie intégrante de ce projet. Il y a tout de même quelques sons légèrement moins marquants selon nous comme Pussy Power, Jawbreaker et Say My Name, misant sur une efficacité plus direct et peut-être moins singulière. La présence de Marlon Magnée est beaucoup plus palpable ici, déjà parce qu’on a un vrai feat avec les deux artistes (et le résultat est génial !), mais aussi parce qu’il était beaucoup plus ancré dans son élément avec le style de cet album. Alors malgré la fin du groupe français depuis leur ultime concert le 26 novembre 2025 à Bercy, leur âme est disséminée un peu partout et il continue de vivre par endroits, d’une certaine manière. En somme, Sam Quealy est plus badass que jamais ici, brandissant une féminité qui fait du bien. Avec cet album on se sent proche de Sam, on a vraiment l’impression d’écouter les potins et les états d’âmes de sa meilleure amie, au bout d’un téléphone à cadran rose, allongé sur son lit dans des draps en satin, bigoudis dans les cheveux, au beau milieu d’une Amérique en pleine ère disco. Sam Quealy se définit elle-même comme notre « favourite techno pop princess », et elle a totalement raison, c’est un titre qui lui va à merveille !

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