ANALYSE : Zaho de Sagazan, La symphonie des éclairs : le dernier des voyages

« Être sensible c’est être vivant, et nous ne sommes jamais trop vivants»

S’écrie Zaho de Sagazan en 2023 lorsqu’elle obtient son 3ème prix aux Victoire de la Musique, celui de la chanson originale de l’année pour la très connue (voire trop ?Symphonie des éclairs. « Trop », car il est impossible d’avoir passé ces deux dernières années sans entendre cette symphonie… Incontournable pour certains, agaçante pour d’autres, Zaho a été étiquetée à cette chanson, ce qui a pu en freiner beaucoup, aussi bien positivement que négativement. Soit-on ne creuse pas plus loin : parce qu’on est déjà fan de La symphonie des éclairs** et qu’elle tourne en boucle chez nous, alors que demander de plus ? Soit-on l’a déjà trop entendue alors on ne cherche pas à aller plus loin non plus. Cet article, c’est le moment de montrer que Zaho de Sagazan est bien plus que cette musique, c’est un univers à part entière, empli de joie, d’amour, de tempêtes et de tristesse. Un album puissant, couronné par une magnifique réédition sortie en octobre 2024, laissant place à 8 nouvelles chansons.

Mais alors du coup… La Symphonie des Éclairs : le Dernier des Voyages, c’est quoi concrètement ?

Là où Sam Quealy terminait son album par Love Fountain, ici on commence par La fontaine de sang…  Un morceau aussi puissant que mystérieux, un crescendo qui petit à petit nous immerge dans l’univers de Zaho, avec ces quatre notes au piano qui se répètent. Dramatiques, presque angoissantes, ces notes viennent nous immerger petit à petit dans son monde. Référence directe au poème éponyme de Charles Baudelaire, c’est une musique aux multiples interprétations devant laquelle Zaho nous place. Une relation qui nous vampirise, une planète dont on abuse des ressources ou une plaie intérieure qui coule sans cesse et dont on ignore l’origine ? Chacun y trouvera sa propre interprétation, mais ce qui est certains, c’est que Zaho nous mets face à un morceau puissant, un préambule de ce que l’on trouvera dans la suite du projet : une voix singulière, du piano, des machines, de l’électro, du texte et des émotions fortes, le voyage peut alors commencer…

Chez Zaho de Sagazan, tout le monde peut se reconnaître dans ses musiques et les thèmes quelle y aborde. On y retrouve le thème de l’addiction rimant avec inspiration dans la track Aspirations. Un cercle vicieux, répétitif, brut et entêtant symbolisant à la perfection ces tourments dans lesquels on peut s’enfermer par addictions. C’est également l’addiction aux amours dont elle nous fait part dans Les Garçons. Elle nous raconte son désir pour plusieurs hommes et son incapacité à faire un choix, le tout sur une prod entêtante, voire même envoutante.

Et en parlant d’amour, c’est bien évidemment l’un des thèmes fondamentaux de cet album : l’amour de soi, l’amour des autres, les relations dans tous leurs états, des plus folles aux plus toxiques… Et ça, Les dormantes le dépeint brillamment en nous contant un amour idéal (du moins sur le papier), qui est en réalité une grande histoire de manipulations, de mensonges et de dépendance affective. Le tout sur une instru comparable aux battements d’une horloge, traduisant cette relation chronophage aussi bien physiquement que psychologiquement… Une musique que l’on peut associer au déchirant Suffisamment, peut-être la chanson la plus dure de cet album à nos yeux, avec cette production sombre et mélancolique, on ne peut pas mieux définir cette chanson qu’en en citant ses paroles :

« Je t’aime passionnément, tu m’aimes suffisamment… pour que je reste… »

Un amour non réciproque auxquel on continu de s’attacher quit à s’oublier soi-même, elle frappe vraiment très fort avec celle-ci…

Toujours dans cet amour, il y a Langage, inspirée des dissonances qu’il peut y avoir entre deux êtres qui s’aiment, chacun parlant sa propre langue de l’amour, tout en cherchant à comprendre l’autre. Elle s’achève sur une transition directe avec Dis-moi que tu m’aimes, un énorme coup de cœur dès la première écoute de notre côté. Ici, on y oublie les machines, les artifices, les synthétiseurs et l’électro : quelques notes de piano et une voix suffisent. Cette chanson, c’est un peu une sorte de renaissance, la renaissance d’un cœur meurtri, trompé et abusé, pour lequel les « je t’aime » n’ont plus de sens. Ça parait triste dit comme ça, mais cette chanson est en réalité pleine d’espoir, et Zaho traduit à la perfection cette passion qui s’anime de nouveau, au fur et à mesure des notes. On finit par croire à nouveau en l’amour avec elle, et ça c’est beau. Alors rien que pour Dis-moi que tu m’aimes, on peut dire qu’on t’aime Zaho !

Est-ce que tu vas bien ? nous met face à un amour passé que l’on aurait du mal à oublier malgré l’issue de la relation… L’attachement aux souvenirs heureux, nous faisant occulter tout le négatif de ce que l’on a vécu, encore une fois elle met des mots simples mais percutants sur des situations que l’on a tous vécu , le tout sur une mélodie singulière, mais que l’on apprécie énormément.

Changement d’ambiance total dans Mon inconnu. Elle y dévoile une part plus sombre, celle de tomber amoureux d’un inconnu jusqu’à l’obsession, à s’imaginer notre vie avec après un simple regard, le contrôlant en continu. Une production angoissante et tourbillonnante, une chanteuse totalement déraisonnée, terrifiante, et montant en crescendo jusqu’à nous lâcher son meilleur rire d’antagoniste à la fin, c’est absolument génial. « Putain je suis détraquée », comme elle le dit si bien d’elle-même…

Après l’amour vient la sensibilité, et plus particulièrement l’hypersensibilité, un sujet pour lequel Zaho est un pilier dans le domaine puisque La symphonie des éclairs (qu’on ne présente plus) traite de ce sujet et de cette difficulté à trouver sa place à cause de sa sensibilité. C’est un morceau touchant qui nous conte son parcours, le moment où elle a réalisé que pleurer sur son piano lui faisait écrire de jolies chansons qu’elle nous partage aujourd’hui. Puis vient tout de même Tristesse. C’est une production beaucoup moins mélodique, plus puissante et saccadée dans laquelle on se livre à un combat contre la tristesse qui prend le dessus bien trop souvent sur nous. C’est selon nous l’un des sons les plus puissants du projet.

En combinant ces troubles dûs à l’amour et cette sensibilité, on obtient les problèmes liés à la confiance en soi. Mon corps est un pardon accordé à sa propre enveloppe physique. Une musique qui répare tout ce qu’on lui a fait endurer, tout ce que l’on à pu penser de lui. Le corps est un personnage à part entière dans cette chanson et l’on s’excuse d’être aussi dur avec lui… Une résilience exécutée avec brio par Zaho. Cette musique liée à notre physique est suivie de Ne te regarde pas, qui est liée à notre attitude. Un ton plus angoissant sur l’oppression que l’on ressent quand on pense à notre attitude face à quelqu’un, le jugement d’autrui sur notre comportement, cette pression constante, les sensibles on se comprend… C’est une véritable ode à la liberté, il ne faut pas hésiter à se lâcher, ne pas se fier au regard des autres et laisser aussi une place à nos travers comme elle le prône dans Ô travers. Un véritable hymne à l’acceptation de ses défauts, un morceau énergique qui fait du bien, qui nous rappelle qu’on a tous des failles et qu’il faut les accepter sans se soucier des autres une nouvelle fois !

Cet album est donc profondément humain, sincère et sans aucuns tabous, et ça Zaho nous le fait comprendre d’autant plus avec sa manière d’aborder la sexualité avec deux sons importants. Parler l’amour conte un dialogue intime entre deux corps, d’une manière extrêmement douce. Entre poésie et langage un peu plus cru par moments, la balance est parfaite. Puis vient le magistral Hab sex. Un son beaucoup moins poussé dans ses textes puisque Zaho nous fait part de son envie de faire l’amour avec quelqu’un. Un morceau laissant donc avant tout place à une ambiance beaucoup plus électronique et rythmé. C’est vraiment la track où l’on ressent le plus l’empreinte électro de ce qu’elle a pu découvrir à Berlin, et l’ayant fortement influencé dans son album. Hab sex, nous l’aimons beaucoup, mais il prend une tout autre dimension lorsqu’on le vit en live. C’est vraiment l’un des énormes points fort de ses concerts. Elle y transforme toute la salle en un immense dancefloor où plus personne n’a peur du regard des autres et où tout le monde se déchaine pendant 25 minutes de musique techno non-stop !

Au delà de tout ces thèmes, l’album contient tout de même un feat ! Et pas n’importe lequel puisque Zaho y chante avec Tom Odell dans Old friends. Un son puissant d’autant plus quand on sait que depuis ses tout débuts, elle a toujours rêvé réaliser un morceau avec Tom Odell : son chanteur préféré. Et c’est chose faite à l’heure actuelle, rien que par son histoire, c’est une track qui montre qu’il est important de croire en ses rêves, même les plus fous. Ce qui est génial ici, c’est qu’elle parle directement à Tom, son « vieil ami », pour lequel elle a pleuré plus d’une fois sur ses chansons (tout le monde connait le déchirant Another Love). Une sorte de déclaration à laquelle Tom répond en disant qu’il est fier de la personne qu’elle est. On ressent que Zaho s’est fait plaisir en écrivant ce son, elle a traduit à la perfection le rêve éveillé qu’elle vit avec ce feat, et ça donne des frissons !

Pour clôturer ces montagnes russes d’émotions, l’album s’achève sur 01, une track dans laquelle elle nous livre un message, elle nous parle sur une instru aérienne, presque spatiale. On l’écoute comme une cassette du passé, enregistré bien loin de la terre, dans son vaisseau. Elle y remercie son équipe, ses proches, sa mère, et nous. Puis vient cette phrase improvisée qu’elle répète en boucle jusqu’au bout « Vive la vie », résumant tout ce qu’elle prône dans son album, célébrons la vie, avec ses hauts tout comme ses bas. Malgré son aspect un peu en marge des autres sons, il est réellement l’un de nos préférés. Que ça soit pour son atmosphère, sa mélodie mais aussi son côté brut, elle nous livre un au-revoir sincère et une conclusion vraiment originale, tout en nous livrant la date de son retour, peut-être en 2027 ? En tous cas, ce qui est sûre c’est que Zaho de Sagazan à l’un des albums francophones les plus puissant et audacieux de ses dernières années. L’idée de rajouter des paroles sur des sons électro est brillante, d’autant plus quand les sujets sont aussi touchants. On peut tous se sentir concernés par au moins une des musiques de cet album, quand ce n’est pas pour toutes les musiques ! La symphonie des éclairs : le dernier des voyages est alors un album profondément humain et doté d’une grande sincérité, et nous avons déjà hâte de son retour avec une nouvelle cassette, à très bientôt Zaho, et vive la vie !

Réponse

  1. Avatar de Le Gentil

    Merci pour ce voyage dans l’Univers de Zaho. La prochaine écoute sera enrichie de votre regard.

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