Ce mercredi 18 mars, c’était la première date parisienne du LUX TOUR de l’artiste catalane Rosalía. Ce concert étant seulement le deuxième de sa tournée mondiale, cela a permis de découvrir l’entièreté du show dans une surprise totale, en évitant au maximum les spoilers de la nuit précédente à Lyon ; et ça en valait la peine !
La scène est assez simple aux premiers abords : un plancher de bois en demi-cercle rappelant une scène de théâtre ou de ballet ; pas d’avancée au sens strict, et une immense toile qui vient marquer le fond de la scène. Cette toile, elle est retournée, face cachée. Nul ne sait ce qui est peint dessus, nous sommes face au châssis et les seuls éléments écrits à son verso sont “LUX TOUR”, et en bas à gauche la signature de Rosalía. Les lumières de la salle s’éteignent, les applaudissements retentissent dans tout Bercy, mais ce n’est pas Rosalía qui arrive, c’est son orchestre ! Composé d’une vingtaine de musiciens et chanteurs, ils se placent au beau milieu de la fosse, face à la scène. C’est eux le centre de l’action, ils ont une place centrale ici tout comme dans l’album. L’obscurité revient, et la mystérieuse toile s’ouvre en deux… Une dizaine de personnes habillées comme des techniciens ramènent une énorme caisse sur la scène ; ils l’ouvrent, et c’est là que l’artiste apparaît. Vêtue d’une tenue de ballerine, la tête haute et les mains derrière le dos : nous sommes face à la Petite Danseuse de Degas. Les décors s’apparentent alors à la réserve d’un musée : il y a des escaliers, des draps, des caisses. À la manière d’une Nuit au musée, les oeuvres viennent s’animer face à nous le temps d’un soir… Dès les premiers instants, on remarque que les lumières sont extrêmement simples, sans artifices, et cherchant à être le plus naturel possible ; et ça, ça sera l’objet de tout le show puisque LUX, ça signifie la lumière. Éclairages naturels, jeux d’ombres et de lumières, clairs-obscurs par endroits ; la lumière est présente sous tous ses états : elle est une artiste à part entière dans ce spectacle.
Le concert commence par Sexo, violencia y llantas, première chanson de LUX ; Rosalía y dévoile une voix aussi angélique que puissante ne cessant de nous surprendre tout le long du concert. C’est un réel sans fautes, on ressent tout l’apprentissage du chant lyrique derrière elle, ainsi qu’en danse (mention spéciale à Sauvignon blanc qu’elle chante en partie allongée sur un piano, mais aussi aux pointes qu’elle exécute brillamment). Ces paroles qu’elle chante vont d’ailleurs s’afficher en français juste au-dessus de la scène pour toutes ses chansons ; une manière d’imprégner le public du sens de ses mots, nous immergeant davantage dans la magnificence de LUX. Les premières musiques se suivent dans le même ordre que celles de l’album. C’est une setlist cohérente, mais pour laquelle il manque tout de même certaines chansons comme Mundo Nuevo ou Jeanne que l’on attendait particulièrement… On a tout de même assisté au poignant Mio Cristo piange diamanti, après lequel vient un premier interlude ; un interlude comique voire même burlesque, rajoutant au concert une touche d’humour qui fait du bien ! Ces interludes auraient pu être élaborés davantage, mais ça faisait partie de la légèreté du spectacle. L’artiste revient en force pour le deuxième acte du concert avec le puissant Berghain. La vivre en live est une réelle expérience, une vraie claque. Que ce soit la puissance des chœur, de sa voix ou de l’orchestre : les frissons sont de la partie. Sur les dernières notes, chaque chorégraphe tombe, un par un jusqu’au silence total dans la salle… Ils se relèvent, et on se fait happer par un remix techno du son, on change totalement d’ambiance et on se retrouve dans une énorme rave party, permettant de transitionner sur les sons beaucoup plus pop de Motomami ! C’est ainsi que le concert se dessine : un voyage sans cesse entre musique orchestrale, pop, chant lyrique, techno et rumba, une vraie odyssée musicale que l’artiste mène à la perfection ; Rosalía, c’est la savante de la musique sous toute ses formes, et elle le démontre à la perfection ici.
Le tout est ponctué d’une multitude de références artistiques extrêmement plaisantes, visant en quelques sortes à nous éduquer à l’art, mais de manière totalement accessible ; c’est l’un des gros points forts du concert à nos yeux. Tout d’abord la Danseuse de Degas, puis l’ouverture de Berghain à la manière du Sabbat des sorcières de Goya, mais aussi l’iconique Joconde ! Un moment où elle fait d’ailleurs monter une vingtaine de spectateurs sur scènes, ces derniers la prenant en photo bien évidemment, à la manière de l’oeuvre de Da Vinci. Elle y chante une reprise de Can’t Take My Eyes Off You (rendue célèbre par Franckie Valli). Un moment inoubliable pour les quelques chanceux qui ont été sélectionnés ; et ce public, c’est lui qui fait une grande partie du show. Et oui, ce qui est peut-être la chose la plus marquante de ce concert, c’est le lien entre Rosalía et ses fans. Très accessible, elle a énormément communiqué avec nous et n’a cessé de nous remercier, le tout en parlant français par moments ! Elle va même jusqu’a inviter un spectateur à se confesser auprès d’elle dans un confessionnal en lui racontant son pire rencard devant tout Bercy. Des potins qui ont énormément plut à l’artiste qui y réagissait en direct avec nous, c’était un moment extrêmement drôle. Ce genre d’interactions rappellent les concerts de Zara Larson, Sabrina Carpenter ou Katy Perry par exemple, nouant un vrai lien avec le public (il faut tout de même faire attention à ne pas tomber dans les travers d’interventions devenant trop scriptées, cherchant à s’adapter à une trend et devenant moins naturelles.) Concernant Rosalía, nous avons rarement vu une artiste de cette envergure autant communicative, naturelle et enjouée ; elle est réellement reconnaissante de son public et ça la rend extrêmement touchante.
La scénographie de son côté ne laissait pas apparaître d’avancée, et pourtant… Entre la scène et l’orchestre, la fosse était séparée en deux, laissant un passage dans lequel l’artiste est venue en avançant jusqu’à l’orchestre. Ce n’est donc pas une avancée traditionnelle faites d’estrades dans laquelle l’artiste est en hauteur et inaccessible ; c’est une avancée à taille humaine, sans artifices et renforçant ce lien entre l’artiste et ses fans. Elle emprunte ce chemin, en profitant pour signer quelques albums, et même faire chanter certains fans avec elle ! Quelques chansons ont été chantées au milieu des instruments, au centre de la fosse. L’orchestre étant cerné de deux autres avancées de chaque côté, la fosse donne alors naissance à une forme de croix, un symbole puissant et toujours en lien avec l’esprit de son album. La magnifique Rumba Del Perdon a retentit dans toute la salle, puis un énorme cube aux lumières stroboscopique est suspendu en l’air au centre de la salle (on ne comprend pas encore son sens.) Jusqu’au moment où il se balance de droite à gauche tout en laissant échapper de grands nuages de fumée à la manière d’un immense encensoir de cérémonie. Sur les notes et les basses de CUUUUuuuuuute, la foule se déchaîne, une vraie rave party qui prend possession de tout Bercy de la fosse aux gradins ; on s’éloigne totalement de la lumière, et pourtant, ce cube dans le ciel nous rappelle que l’âme de LUX est toujours bel et bien présente ; une sorte de messe électronique et puissante se déroule sous nos yeux.
Le dernier acte du concert s’ouvre sur ses deux titres les plus connus : BIZOCHITO et DEPESCHÁ, offrant un dernier moment pop à la foule ; vêtue de longues plumes ornants ses bras, à la manière d’Icare. Elle revient à la lumière avec deux de ses morceaux exclusifs à la version physique de l’album : Novia Robot et Focu’ranni ; avant de disparaître du haut d’escaliers, en se laissant tomber en arrière, tel Icare chutant après avoir atteint le soleil… Elle revient une dernière fois sur scène avec Magnolias, venant clôturer son concert de la plus divine des manières. Avant de se quitter, on aurait tout de même aimé un petit au revoir de la part de Rosalía, mais elle ne revient malheureusement pas sur scène ; le concert est déjà derrière nous…
Durant le concert, l’élément qui nous a le plus questionné, c’est le châssis de cette toile, ce décor singulier servant de fond à la scène. C’est rare de présenter une toile dans ce sens-là, ça paraît même incohérent. On s’attendait réellement à ce qu’elle se retourne à un moment donné du show, laissant apparaître une peinture spectaculaire, une image, un message, un symbole ; mais à aucun moment cela se produit. Décevant ? Non… Bien au contraire, car la symbolique en est d’autant plus forte… Le recto de l’oeuvre, il est sous nos yeux depuis le début en réalité ; l’oeuvre qu’il y a sur cette toile : c’est le monde fabuleux que Rosalía à su imaginer et créer pour ce concert. Un spectacle de deux heures suspendues dans le temps. Cette toile c’est la salle, c’est nous, c’est elle, son orchestre, ses danseurs, ses ambitions, son histoire et son art. Cette toile, c’est un tout qui est bel et bien une oeuvre d’art en vérité, une oeuvre qui porte un nom : celui de LUX.


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